L'essentiel

  • L'aide à la préparation sur compte automatique pour la fiction est plafonnée à 60 % des dépenses prévues sans convention avec un diffuseur (40 % si convention) et ne peut dépasser 100 000 euros
  • Le producteur dispose d'un délai de 3 ans pour faire entrer le projet en production, sous peine de devoir rembourser l'aide
  • L'Aide aux cinémas du monde finance aussi la phase de développement, avec un plafond avant réalisation porté à 500 000 euros pour les œuvres d'initiative française d'un budget d'au moins 2 500 000 euros
  • Le crédit d'impôt jeu vidéo exige un coût de développement d'au moins 100 000 euros et finance 30 % des dépenses éligibles
  • Toutes les demandes passent désormais par l'outil CNC MesAides, plus aucun dossier n'est accepté par courriel

Une aide au développement du CNC n'est pas une subvention unique, c'est un ensemble de dispositifs distincts selon qu'un projet se situe en cinéma, en audiovisuel ou en jeu vidéo. Pour une fiction audiovisuelle portée par une société détentrice d'un compte automatique, l'aide à la préparation couvre une part des dépenses d'écriture et de recherche avant la mise en production, plafonnée à 60 % des dépenses prévues en l'absence de convention avec un diffuseur, ou 40 % si le projet est conventionné, dans tous les cas sans dépasser 100 000 euros. D'autres mécanismes existent pour la coproduction internationale, pour les auteurs sans producteur, ou pour le jeu vidéo via le crédit d'impôt. Avant de monter un plan de financement, il faut d'abord identifier dans quelle case son projet se range.

Ce que recouvre une aide au développement au CNC

Le développement, au sens du CNC, désigne la phase qui précède la production proprement dite : écriture de scénario, recherches, repérages, constitution d'un dossier artistique et financier, parfois réalisation d'un pilote ou d'une maquette pour un jeu vidéo. Cette phase est risquée pour le producteur, car elle engage des dépenses sans certitude que le projet trouvera un financement complet ni un diffuseur. Le règlement général des aides du CNC, notamment ses articles 212-10 à 212-18, 212-41 à 212-48 et 212-52, institue justement une aide aux entreprises de production pour le développement de leurs projets de films, distincte de l'aide à la production elle-même.

Le CNC distingue plusieurs familles d'instruments pour cette phase amont : une aide automatique à la préparation adossée au compte de soutien, des aides sélectives au développement prospectif pour les sociétés sans compte automatique ou sans diffuseur engagé, une aide dédiée aux auteurs indépendamment d'un producteur (l'aide au Parcours d'auteur), des dispositifs de coproduction internationale qui intègrent une phase de développement, et, pour le jeu vidéo, un crédit d'impôt qui couvre directement les dépenses de développement du jeu. Chacun répond à une situation différente : avoir ou non un compte automatique, avoir ou non un diffuseur, travailler seul en tant qu'auteur ou en société de production.

Qui peut demander une aide au développement

Les aides à la préparation et au développement s'adressent en premier lieu aux entreprises de production audiovisuelle ou cinématographique, le plus souvent des sociétés assumant la fonction de producteur délégué. Pour le crédit d'impôt audiovisuel, le CNC précise que les bénéficiaires sont « les entreprises de production audiovisuelle soumises à l'impôt sur les sociétés assumant les fonctions de producteur délégué », dont les œuvres bénéficient d'une aide à la production du Fonds de soutien audiovisuel. Cette même logique de producteur délégué structure l'essentiel des aides au développement.

L'aide au Parcours d'auteur fonctionne différemment : elle s'adresse directement aux auteurs et autrices, qu'ils soient ou non déjà associés à une société de production, pour financer le temps de recherche, d'écriture et de développement formel d'un projet documentaire ou de fiction. Les projets soutenus, présentés sur la page du dispositif, montrent des parcours très variés : séjours d'écriture prolongés, travaux d'archives, dispositifs d'écriture collectifs et in situ. Cela permet à des auteurs sans structure de production stabilisée de financer une phase de maturation du projet avant de chercher un producteur ou un diffuseur.

Pour les projets techniques (effets visuels, production numérique, tournage), l'aide aux moyens techniques s'adresse aux associations et sociétés qui portent des opérations collectives ou des projets techniques, sur les phases de faisabilité puis de réalisation du projet. Le lecteur qui monte une société de production audiovisuelle doit donc identifier dès la rédaction des statuts et le choix de l'activité si son entreprise remplira les conditions de producteur délégué, condition souvent déterminante pour accéder à ces aides.

L'aide à la préparation sur le compte automatique, pour la fiction audiovisuelle

Ce dispositif est pensé pour les producteurs qui disposent déjà d'un compte automatique, c'est-à-dire d'un compte de soutien alimenté par l'exploitation de leurs œuvres précédentes. Le CNC le décrit ainsi : « Il s'agit de favoriser les travaux de préparation et de développement préalables à la mise en production. L'aide octroyée est fonction du coût prévisionnel de la préparation ou développement annoncé par le producteur. » Concrètement, le producteur peut mobiliser jusqu'à 40 % des sommes portées sur son compte automatique au début de l'année en cours pour financer la préparation de son projet suivant.

Deux plafonds encadrent le montant de l'aide elle-même : 60 % du total des dépenses prévues si le projet n'est pas conventionné avec un diffuseur, ou 40 % si une convention existe déjà, et dans tous les cas un montant qui ne peut excéder 100 000 euros. Ce montant n'est pas perdu dans les comptes de l'entreprise : il est intégré dans le calcul de la subvention de l'œuvre lors de sa mise en production effective, ce qui en fait une avance plutôt qu'un financement définitif distinct.

Le point de vigilance porte sur le calendrier : le producteur dispose d'un délai de 3 ans pour faire entrer le projet en production et obtenir l'autorisation préalable correspondante. Passé ce délai, le CNC peut exiger le remboursement de l'aide à la préparation, ou renoncer seulement à une partie en fonction de l'état d'avancement et des justificatifs fournis. Un dossier d'identité et de sexe des personnes occupant les fonctions et postes mentionnés en annexe 2-1 du règlement général des aides doit être transmis pour toute demande d'aide automatique ou sélective, à la production comme à la préparation.

Les aides sélectives au développement prospectif, sans diffuseur engagé

Toutes les sociétés de production ne disposent pas d'un compte automatique, et tous les projets n'ont pas encore de diffuseur. Le CNC a fait évoluer en 2025 son soutien à l'écriture et au développement pour mieux couvrir cette situation intermédiaire. Dans son communiqué sur cette réforme, le CNC indique que « les aides sélectives au développement prospectif, lorsque le financement de l'œuvre par un diffuseur n'est pas encore garanti, sont renforcées en fiction » et « également ouvertes au documentaire, avec la création d'un soutien dédié à la série de documentaire de création ». L'objectif annoncé est de permettre « aux sociétés de production non détentrices d'un compte automatique de solliciter un soutien sur un projet en développement ».

La même réforme crée une enveloppe dédiée au développement pour les sociétés déjà détentrices d'un compte automatique, leur permettant de réserver un pourcentage de leur soutien notifié, mobilisable à tout moment de l'année. Deux nouvelles aides à l'écriture complètent le dispositif, une pour l'écriture de série de documentaire de création, une autre pour la création de nouvelles séries de fiction destinée aux créateurs déjà expérimentés. En animation, une aide au concept permet à des auteurs aguerris, scénaristes ou graphistes, d'organiser en amont leur future collaboration sur un projet.

Un point mérite d'être souligné pour tout producteur qui prépare un dossier : l'accès aux aides au développement et à la préparation est désormais conditionné à la présentation d'une attestation de premier versement effectif au bénéfice de l'auteur. Le CNC entend ainsi s'assurer que le soutien public se traduit concrètement par une rémunération réelle des auteurs.

Le développement en coproduction internationale : fonds franco-italien et Aide aux cinémas du monde

Pour les projets qui se construisent dès l'origine avec un partenaire étranger, deux dispositifs intègrent une phase de développement. Le fonds d'aide au codéveloppement et à la coproduction d'œuvres cinématographiques et audiovisuelles franco-italiennes a été instauré par la convention signée le 12 juillet 2019 entre le CNC et le MIBAC. Il intervient précisément sur les phases de coproduction et de développement, pour accompagner des projets communs entre sociétés françaises et italiennes.

L'Aide aux cinémas du monde (ACM), créée en 2012, a pour objectif d'encourager la coproduction internationale de longs métrages entre la France et l'ensemble des pays du monde. Elle est réservée aux projets de long métrage de fiction, d'animation ou de documentaire de création destinés en France à une première exploitation en salles, et elle peut être accordée avant ou après réalisation. L'aide avant réalisation doit être demandée avant le début des prises de vues pour la fiction, avant le début de fabrication pour l'animation, et pour le documentaire, les prises de vues déjà réalisées au moment du dépôt ne doivent pas représenter plus de 50 % du montage final.

Le montant accordé pour l'aide avant réalisation est plafonné à 300 000 euros. Pour les œuvres d'initiative française dont le budget est supérieur ou égal à 2 500 000 euros, ce plafond est porté à 500 000 euros. L'aide après réalisation, réservée aux projets non retenus pour l'aide avant réalisation et dont le montage atteint au moins 60 minutes, est plafonnée à 70 000 euros. Ces plafonds supérieurs à ceux des aides nationales classiques à la préparation expliquent pourquoi l'ACM est souvent la première piste explorée par les producteurs qui montent une coproduction d'ampleur avec un partenaire étranger.

Le développement dans le jeu vidéo : crédit d'impôt et aides du Fonds d'aide au jeu vidéo

Le jeu vidéo relève d'une logique un peu différente, car la phase de développement constitue l'essentiel du coût de fabrication d'un jeu, contrairement au cinéma où le développement précède une production distincte. Le crédit d'impôt jeu vidéo (CIJV), régi par l'article 220 terdecies du Code général des impôts et soumis à agrément du CNC, finance directement ces dépenses de développement. Le CNC précise un taux de 30 % des dépenses de développement, un plafond de crédit d'impôt de 6 millions d'euros par exercice et par entreprise, et un plafonnement des dépenses de sous-traitance européenne prises en compte dans le calcul à 2 millions d'euros par exercice. Le coût de développement du jeu doit être au moins de 100 000 euros pour être éligible.

Comme pour l'audiovisuel, l'entreprise doit être soumise à l'impôt sur les sociétés et obtenir un agrément provisoire puis définitif du CNC, les dossiers étant adressés à l'adresse dédiée [email protected]. Ce crédit d'impôt se cumule avec le Fonds d'aide au jeu vidéo (FAJV), géré exclusivement par le CNC depuis le 1er janvier 2021, qui soutient la création dans le secteur via des aides sélectives sur les phases d'écriture, d'édition, de production et de distribution. Pour un studio qui dépose un premier projet, l'articulation entre une aide sélective FAJV en phase d'écriture et le CIJV une fois le développement engagé permet d'étaler le risque financier sur la durée du projet. Un porteur de projet qui envisage de créer un studio de jeux vidéo gagne à intégrer ces deux dispositifs dès le premier plan de financement.

Un exemple de plan de financement pour une phase de développement

Prenons le cas d'une société de production audiovisuelle détentrice d'un compte automatique, qui prépare une série de fiction sans convention encore signée avec un diffuseur. Faute de convention, l'aide à la préparation calculée au taux de 60 % des dépenses prévues peut rapidement dépasser le plafond réglementaire de 100 000 euros : c'est alors ce plafond, et non le taux de 60 %, qui détermine le montant effectivement versé, le solde restant à la charge du producteur ou financé par d'autres sources, par exemple un apport en compte courant ou une avance sur un futur financement.

PosteMode de calculObservation
Dépenses de développement prévuesMontant propre à chaque projetÉcriture, repérages, dossier artistique et financier
Aide à la préparation calculée (60 % sans convention)60 % des dépenses prévuesTaux maximal applicable en l'absence de convention diffuseur
Aide à la préparation effectivement verséePlafonnée à 100 000 € maximumPlafond absolu fixé par le règlement général des aides
Reste à financer par le producteurDifférence entre dépenses prévues et aide verséeApport en société, préfinancement ou autre aide sélective

Ce chiffrage, construit à partir des taux et plafonds publiés par le CNC, illustre un point souvent négligé dans les plans de financement optimistes : le taux de 60 % n'est pas automatiquement atteint, c'est le plafond en euros qui finit par contraindre le montant réel de l'aide dès que le budget de développement dépasse un certain seuil, plus tôt en l'absence de convention qu'avec une convention. Pour un projet de coproduction internationale avec un budget global d'au moins 2 500 000 euros, la logique change radicalement puisque l'ACM avant réalisation peut alors atteindre 500 000 euros, un ordre de grandeur sans comparaison avec l'aide à la préparation nationale.

Les erreurs qui coûtent cher en phase de développement

La première erreur consiste à engager des dépenses de prises de vues ou de fabrication avant d'avoir déposé la demande d'agrément correspondante. Pour le crédit d'impôt audiovisuel, le CNC rappelle que « la demande d'agrément provisoire doit être reçue par le CNC avant le début des prises de vue » : une production qui commence à tourner avant ce dépôt perd le bénéfice du crédit d'impôt pour l'ensemble de l'œuvre, pas seulement pour les dépenses engagées en amont. La même logique de calendrier prévaut pour l'ACM avant réalisation.

La seconde erreur porte sur le calendrier de l'aide à la préparation : un producteur qui obtient cette aide mais laisse le projet en sommeil au-delà de 3 ans s'expose à devoir rembourser tout ou partie de la somme versée. Mieux vaut documenter régulièrement l'avancement réel du projet (réécritures, recherches de financement, contacts avec des diffuseurs) pour pouvoir justifier une prolongation ou un renoncement partiel au remboursement.

La troisième erreur, plus administrative, est de continuer à transmettre des dossiers par courriel aux agents du CNC. Depuis la dématérialisation des procédures, aucune demande de subvention relevant des aides sélectives et automatiques du Fonds de soutien audiovisuel, ni des demandes d'agrément au crédit d'impôt audiovisuel, ne peut plus être envoyée par mail : tout passe désormais par l'outil CNC MesAides. Un dossier mal déposé ou incomplet sur cette plateforme retarde l'instruction, parfois au point de compromettre un calendrier de tournage déjà négocié avec des équipes et des financeurs.

Enfin, pour l'animation, une vigilance particulière s'impose sur les plafonds de dépenses éligibles au crédit d'impôt audiovisuel : des sources ne s'accordent pas exactement sur le montant par minute produite, et il est plus prudent de vérifier le plafond en vigueur directement auprès du CNC au moment du dépôt plutôt que de se fier à un chiffre lu sur un site tiers, y compris un guide comme celui-ci.

Aide au développement CNC, les repères à retenir

Aide à la préparation, fiction, compte automatique
60 % des dépenses prévues sans convention diffuseur, 40 % avec convention, plafond absolu de 100 000 €
Part du compte automatique mobilisable
jusqu'à 40 % des sommes portées au début de l'année en cours
Délai pour entrer en production
3 ans après l'aide à la préparation, sous peine de reversement
ACM avant réalisation
plafond 300 000 €, porté à 500 000 € pour un budget d'initiative française d'au moins 2 500 000 €
ACM après réalisation
plafond 70 000 €, montage d'au moins 60 minutes requis
Crédit d'impôt jeu vidéo
taux de 30 % des dépenses de développement, coût de développement minimum de 100 000 €
Vigilance avant de déposer un dossier

Déposer une demande d'agrément ou d'aide après le début des prises de vue, du tournage ou de la fabrication fait perdre le bénéfice du dispositif concerné. Il convient également de vérifier que l'entreprise correspond bien à la définition de producteur délégué attendue par le CNC, que le dossier respecte l'obligation de transmission via CNC MesAides, et qu'une attestation de premier versement effectif au bénéfice de l'auteur est prête si le projet y est soumis. Les plafonds par minute produite pour l'animation varient selon la source consultée : il est préférable de ne se fier qu'au montant confirmé directement par le CNC au moment du dépôt.

Les questions que se posent les porteurs de projet sur l'aide au développement CNC

Pour la fiction audiovisuelle sur compte automatique, l'aide à la préparation est intégrée dans le calcul de la subvention de l'œuvre lors de sa mise en production. Elle fonctionne donc comme une avance sur le financement global du projet, et non comme une subvention isolée.

Non. Le CNC a renforcé en 2025 ses aides sélectives au développement prospectif, précisément pour les projets dont le financement par un diffuseur n'est pas encore garanti, en fiction comme désormais en documentaire de création.

Oui, via l'aide au Parcours d'auteur, qui s'adresse directement aux auteurs et autrices pour financer des temps de recherche, d'écriture et de développement formel, indépendamment d'un producteur déjà associé au projet.

Il finance 30 % des dépenses de développement éligibles, dans la limite de 6 millions d'euros de crédit d'impôt par exercice et par entreprise, à condition que le coût de développement du jeu atteigne au moins 100 000 euros et que l'entreprise obtienne un agrément du CNC.

Le producteur dispose d'un délai de 3 ans pour faire entrer le projet en production. Passé ce délai, le CNC peut exiger le remboursement de l'aide, ou renoncer à tout ou partie de celui-ci selon l'état d'avancement et les justificatifs fournis.

Toutes les demandes d'aides sélectives et automatiques du Fonds de soutien audiovisuel, ainsi que les demandes d'agrément au crédit d'impôt audiovisuel, se font via l'outil CNC MesAides. Aucun dossier ne peut plus être transmis par courriel aux agents du CNC pour ces dispositifs.

Monter un dossier de développement auprès du CNC ressemble moins à remplir un formulaire qu'à choisir, parmi plusieurs portes, celle qui correspond exactement au statut de l'entreprise, au genre de l'œuvre et à l'état d'avancement des financements. Un producteur détenteur d'un compte automatique n'a pas les mêmes réflexes à adopter qu'un auteur isolé ou qu'un studio de jeu vidéo qui vise un agrément fiscal. Ce qui reste constant, en revanche, c'est la nécessité de respecter le calendrier administratif à la lettre : une demande déposée trop tard coûte souvent plus cher qu'un dossier imparfait déposé à temps. Pour situer ces aides au développement dans l'ensemble des financements disponibles pour un projet culturel, la rubrique Financer un projet culturel regroupe les autres dispositifs à connaître, du crédit d'impôt audiovisuel au crédit d'impôt jeu vidéo.

Pour aller plus loin sur les aides au développement du CNC

Pour la vue d'ensemble (métiers, étapes, financements), voir notre guide pour entreprendre dans la culture et les médias.