L'essentiel
- Un fanzine est une publication indépendante créée par des amateurs passionnés, sans visée commerciale
- Le tirage reste souvent inférieur à cent exemplaires, réalisé par une équipe de une à quatre personnes
- Le format le plus courant reste la feuille pliée et agrafée, mais le fanzine existe aussi en version numérique
- La diffusion passe par les distros, les librairies spécialisées, les salles de concert ou l'abonnement
- Le statut juridique ne se pose que si le projet devient commercial, et relève alors d'un professionnel de la création d'entreprise
Créer un fanzine signifie concevoir, fabriquer et diffuser soi-même une publication indépendante consacrée à une passion, sans obéir aux circuits de l'édition institutionnelle. Le fanzine (contraction de l'expression anglaise « fanatic magazine ») se distingue du magazine ou du journal en ligne classique par son caractère amateur, son tirage limité et l'absence quasi systématique de visée lucrative. Ce guide reprend chaque étape concrète du projet, du choix du contenu à la distribution, en s'appuyant sur ce que montrent des fanzines réels et sur les pratiques documentées de ce format.
Qu'est-ce qu'un fanzine, exactement
Selon la définition retenue par Wikipédia, un fanzine est une publication, imprimée ou en ligne, périodique ou non, institutionnellement indépendante, créée et réalisée par des amateurs passionnés pour d'autres passionnés. Le fanzine appartient à l'univers des médias alternatifs et s'inscrit, le plus souvent, sans existence officielle : une large majorité des fanzines n'ont pas de dépôt légal. Cette absence de formalisation est l'un des traits qui distingue le fanzine du journal en ligne ou du magazine conçu pour durer et pour vendre.
Le fanzine se publie sous l'égide du Do it yourself, le « faites-le vous-même » devenu slogan de Jerry Rubin avant d'être repris par les punks en 1977. Il n'est soumis à aucun impératif de vente et se procure dans des distros, des librairies ou disquaires spécialisés, des lycées, des universités, des salles de concerts indépendantes ou sur abonnement. Sa production est horizontale et non hiérarchique : elle échappe au circuit d'édition institutionnel, contrairement à une maison d'édition ou à un magazine qui doivent composer avec des diffuseurs et des distributeurs.
Le terme lui-même daterait de 1940, forgé par Russ Chauvenet selon le site espagnol Sleepydays, pour désigner les fanzines de science-fiction qui circulaient alors, à une époque où il fallait un support pour faire connaître une passion avant l'existence des blogs ou des réseaux sociaux. Cette origine éclaire la nature du fanzine : un objet pensé pour une communauté restreinte, avant d'être pensé pour un marché.
Pourquoi créer un fanzine plutôt qu'un magazine classique
Un fanzine n'a pas vocation à rapporter de l'argent ni à atteindre un large public. Les fanzines sont, le plus souvent, non commerciaux : leur création procède d'une initiative sans but lucratif, ils sont produits à faible budget, voire sans aucun budget, et leur équipe de création est bénévole. Si le projet consiste à documenter une passion (un club de football, un genre musical, une bande dessinée, un univers de fiction) sans chercher à en tirer un revenu ni à constituer une structure commerciale, le format fanzine correspond exactement à cette intention.
À l'inverse, si l'ambition est de vendre régulièrement, de rémunérer des collaborateurs, de chercher des annonceurs ou de bâtir une marque pérenne, le fanzine devient vite un format inadapté : il faudra alors s'orienter vers un magazine structuré ou vers un journal en ligne, deux projets qui supposent une organisation, un modèle de revenus et, souvent, une forme juridique adaptée. Entre les deux existe une zone grise : nombreux sont les créateurs qui commencent par un fanzine avant d'en faire un support plus structuré, une fois la communauté de lecteurs constituée.
La question du statut juridique ne se pose pas tant que le fanzine reste une activité personnelle, bénévole et sans chiffre d'affaires significatif. Elle se pose en revanche dès que l'activité se professionnalise : à ce stade, le choix entre entreprise individuelle, micro-entreprise ou société relève d'un expert-comptable ou d'un professionnel de la création d'entreprise, et non d'un article généraliste.
Les étapes pour créer un fanzine, du contenu à l'impression
La fabrication d'un fanzine suit un enchaînement assez constant, documenté aussi bien par des guides francophones que par des ressources lusophones ou hispanophones consacrées au sujet.
Choisir le sujet et réunir le contenu
Tout commence par le choix du sujet et la collecte des contenus. Le site Fanzineuffs résume cette étape en listant les tâches à accomplir : rassembler les matériaux, les sources, les textes et les images qui pourront être utilisés dans la publication, avant de composer la proposition par des dessins ou des textes destinés à communiquer le message visé. Un fanzine peut contenir des bandes dessinées inédites, des nouvelles de fiction, des illustrations, des caricatures ou des poèmes, comme le montre l'exemple du fanzine québécois Opium, dont le contenu mêlait précisément toutes ces formes.
Construire le planning et le gabarit
Une fois le contenu réuni, il faut décider comment le structurer. Le guide Sleepydays insiste sur cette étape : après avoir choisi le format, il faut penser à la structure et créer une maquette qui détermine quel contenu apparaît sur chaque page. Cette maquette sert ensuite à numéroter les pages et à obtenir une imposition correcte, de sorte que toutes les pages soient numérotées et placées au bon endroit lors de l'impression ou de la photocopie.
Mettre en page et illustrer
La mise en page d'un fanzine n'obéit à aucune norme graphique professionnelle. Le fanzine adopte souvent des techniques de découpage et de collage à partir de journaux, de magazines ou de photos. Il peut être rédigé à la main, à la machine à écrire, au feutre ou à la peinture. Cette liberté esthétique, documentée par Wikipédia, est l'un des marqueurs qui distinguent le fanzine d'une publication professionnelle : le résultat n'a pas besoin d'être lisse, il doit communiquer une idée de manière directe.
Choisir le mode de reproduction
Fanzineuffs rappelle qu'il faut penser la mise en page en tenant compte du système de reproduction par copieuse et de la structure finale du fanzine. Historiquement, la photocopie reste le mode de reproduction le plus associé au fanzine, à tel point que certains puristes considèrent que seul le fanzine photocopié mérite ce nom, selon le constat dressé par Sleepydays. Ce même site tempère toutefois cette position en estimant que la technique d'impression importe moins que le contenu, et que les outils numériques permettent aujourd'hui de fabriquer un fanzine avec des moyens variés : scanner, logiciel de mise en page, appareil photo numérique ou simple collage de magazines ensuite numérisé.
Quel format et quelle fabrication choisir
| Format | Fabrication typique | Avantage |
|---|---|---|
| Fanzine papier plié et agrafé | Feuilles au format lettre, pliées, agrafées au centre, parfois cousues, collées au ruban adhésif ou fixées par des rivets en métal | Facile à distribuer, à photocopier et à vendre en main propre |
| Fanzine collage et découpage | Assemblage de journaux, magazines, photos, dessins à la main ou à la machine à écrire | Esthétique DIY immédiatement reconnaissable, coût minimal |
| Fanzine numérique | Mise en page sur ordinateur, scan de contenus manuels, diffusion en ligne | Pas de contrainte de tirage ni de frais d'impression |
Physiquement, le fanzine est souvent imprimé sur du papier format lettre standard, plié et agrafé au centre, ce qui lui donne l'apparence d'un livre, d'un pamphlet ou d'une brochure et lui permet d'être distribué ou photocopié facilement. Certains fanzines sont agrémentés de petits objets : macarons, autocollants, cartes postales. Leur apparence est variée, mais un dénominateur commun subsiste : ils sont faits et assemblés à la main, à partir de matériaux qui se trouvent facilement.
Le fanzine numérique obéit à la même logique de liberté formelle, sans contrainte de pliage ni d'agrafage. Il permet, selon Sleepydays, de profiter des moyens technologiques disponibles pour apporter plus de diversité et pour être aussi créatif que possible, que l'outil soit un simple traitement de texte, un logiciel de retouche d'image ou un scanner.
Qui fait quoi : composer son équipe
La production d'un fanzine repose généralement sur un petit nombre de personnes, le plus souvent une à quatre, qui assument ensemble les tâches d'édition, de rédaction et de diffusion. Cette organisation minimale explique en partie pourquoi le fanzine reste un format accessible : il ne demande pas de constituer une équipe rédactionnelle structurée comme celle qu'exige, par exemple, l'agrément CPPAP pour une publication de presse.
L'exemple du fanzine Opium illustre ce fonctionnement. Fondé par deux élèves du Cegep de Joliette, Benoît Joly et Martin Laplante, il réunissait un comité éditorial restreint et un rédacteur en chef, et laissait une large place aux contributions des autres élèves dessinateurs. Plusieurs de ces créateurs ont ensuite participé au lancement d'un magazine professionnel, preuve que le fanzine peut aussi servir de terrain d'entraînement avant un projet éditorial plus structuré, qu'il s'agisse d'un magazine, d'un journal en ligne ou d'une entreprise de média au sens large.
Le fanzine britannique Blue Blood, consacré à l'histoire de l'Everton Football Club, montre une autre configuration : un créateur principal, George Orr, qui publie son propre fanzine après l'arrêt d'une rubrique qu'il tenait dans le programme des matchs du club, tout en accueillant des contributions extérieures de lecteurs et de collaborateurs réguliers, dont l'historien David France et l'auteur James Corbett. Les pages éditoriales de ce fanzine précisent que les opinions exprimées restent celles de leurs auteurs, une clause simple qui évite toute confusion entre la ligne du fanzine et les propos d'un contributeur ponctuel.
Diffuser et distribuer son fanzine
Les distros et les lieux physiques
Les lieux de diffusion restent proches de ceux évoqués plus haut : distros, librairies ou disquaires spécialisés, lycées, universités, salles de concerts indépendantes, ou simple abonnement. Le fanzine Blue Blood illustre bien ce mode de diffusion directe : il était vendu par son créateur devant un pub proche du stade d'Everton, avant les matchs à domicile, une pratique qui correspond au modèle traditionnel des fanzines de football britanniques vendus directement aux supporters autour des rencontres.
L'abonnement et la vente directe
L'abonnement reste une option pour fidéliser un lectorat restreint, sans passer par un réseau de distribution classique. Cette logique de vente directe, sans distributeur ni diffuseur professionnel, distingue le fanzine du magazine ou du journal en ligne, qui doivent au contraire construire une diffusion plus large pour atteindre un équilibre économique.
Droits, no-copyright et cadre du fanzine
Le fanzine entretient un rapport particulier au droit d'auteur. L'incitation à recopier et redistribuer ses contenus est fortement encouragée par plusieurs artistes de fanzines, qui ajoutent des mentions comme « no-copyright » dans leur texte. Cette pratique reste un choix individuel de certains créateurs et ne vaut pas pour l'ensemble des contenus utilisés dans un fanzine, notamment lorsque celui-ci réutilise des images, des photos ou des extraits d'autres publications par collage. Le respect du droit des tiers reste la règle, même dans un objet aussi informel qu'un fanzine.
Le fanzine n'a, le plus souvent, pas de dépôt légal, contrairement à une maison d'édition ou à une publication de presse reconnue. Cette absence de formalisation est cohérente avec son caractère amateur et non lucratif. Dès que le projet évolue vers une activité régulière avec de la vente, la question du cadre juridique (statut, obligations fiscales, éventuel dépôt légal) ne relève plus d'un guide généraliste mais d'un professionnel de la création d'entreprise ou d'un expert-comptable, seul en mesure d'évaluer la situation précise du créateur.
Des fanzines qui ont marqué leur domaine
Trois exemples documentés publiquement permettent de mesurer la diversité des usages du format.
Le fanzine Opium, publié au Cegep de Joliette au Québec au début des années 1980, pendant seize numéros, était entièrement consacré à la bande dessinée amateur. Pour la plupart de ses contributeurs, il représentait l'occasion de leurs premières publications, avant que plusieurs d'entre eux ne participent au lancement d'un magazine professionnel. Cet exemple montre comment un fanzine scolaire peut servir de pépinière à des créateurs qui se professionnalisent ensuite.
Le fanzine Blue Blood, consacré à l'Everton Football Club, créé en 2001 par George Orr et publié jusqu'en 2012, illustre un usage patrimonial du format : une historienne spécialiste du football, Emma Sheldon, situe cette démarche dans un phénomène plus large de transmission de la mémoire footballistique entre générations. Orr y a privilégié l'histoire du club, ses anciens joueurs et les souvenirs de supporters plutôt que la seule actualité sportive, une ligne éditoriale distincte des autres publications de supporters d'Everton de l'époque.
L'écrivain François Beaune, présenté par une fiche du ministère de la Culture, a quant à lui créé un fanzine collectif intitulé Gonzo parmi une série de projets éditoriaux variés : une revue d'art, un spectacle de cabaret, un site de détournement de coupures de presse et un feuilleton numérique. Cet exemple rappelle que le fanzine peut n'être qu'un projet parmi d'autres dans un parcours d'auteur, et non une fin en soi.
Les erreurs qui tuent un fanzine avant le premier numéro
La première erreur consiste à vouloir professionnaliser le fanzine avant même d'avoir produit un premier numéro : chercher un statut, un financement ou une diffusion large alors que le projet n'a pas encore de contenu ni de lectorat. Le fanzine se construit dans l'autre sens, en partant du contenu et de la communauté restreinte qui l'attend.
La deuxième erreur tient au choix d'un format trop ambitieux dès le premier numéro : une maquette complexe, un tirage important, une reliure sophistiquée. Les fanzines sont généralement produits à petit tirage, souvent moins de cent exemplaires, par une équipe réduite à une à quatre personnes. Viser plus large dès le départ multiplie les coûts et les délais, pour un format qui doit justement rester léger.
La troisième erreur concerne la confusion entre fanzine et magazine commercial. Beaucoup de projets échouent parce que leurs créateurs cherchent des annonceurs, un diffuseur ou une rentabilité alors que le fanzine, par nature, n'est soumis à aucun impératif de vente. Si cette ambition commerciale existe réellement, mieux vaut l'assumer dès le départ et construire un projet de magazine ou de journal en ligne structuré, plutôt que de maintenir artificiellement l'étiquette fanzine.
La quatrième erreur est de négliger la diffusion. Un fanzine qui reste sans distros, sans point de vente physique ni abonnement ne rencontre jamais son lectorat, même si son contenu est solide. La diffusion fait partie intégrante du projet, au même titre que la fabrication.
Repères sur le fanzine
Un fanzine n'est pas une entreprise et ne doit pas en adopter les réflexes dès le premier numéro : pas de distributeur professionnel à solliciter, pas de structure juridique à créer tant que l'activité reste bénévole et occasionnelle. La mention « no-copyright » parfois ajoutée par des créateurs de fanzines n'autorise pas, en elle-même, à réutiliser librement des contenus protégés appartenant à des tiers. Si le projet devient régulier, commercial ou rémunéré, la question du statut (micro-entreprise, association, société) doit être posée à un expert-comptable ou à un professionnel de la création d'entreprise, et non tranchée seul à partir d'un article en ligne.
Ce que l'on demande souvent avant de se lancer
Un fanzine est une publication, imprimée ou en ligne, créée et réalisée par des amateurs passionnés pour d'autres passionnés, en dehors du circuit d'édition institutionnel et sans visée commerciale.
Le format le plus courant reste des feuilles au format lettre standard, pliées et agrafées au centre, ce qui donne au fanzine l'apparence d'un livre ou d'une brochure facile à photocopier. D'autres fanzines adoptent des reliures cousues, collées au ruban adhésif ou fixées par des rivets en métal.
Les étapes restent les mêmes que pour un fanzine papier : choisir le contenu, construire une maquette qui détermine la place de chaque élément, puis mettre en page avec les outils disponibles (traitement de texte, logiciel de retouche d'image, scanner pour les contenus réalisés à la main), avant de le diffuser en ligne.
Non, dans la grande majorité des cas. Une large majorité des fanzines n'ont pas de dépôt légal, ce qui les distingue des publications de presse ou des ouvrages édités dans le circuit classique.
Un fanzine peut être vendu en main propre, dans des distros ou des librairies spécialisées, mais il n'est soumis à aucun impératif de vente : la majorité des fanzines sont produits sans but lucratif, par une équipe bénévole.
La production d'un fanzine est souvent issue du travail d'un petit nombre de personnes, généralement une à quatre, qui se partagent les tâches d'édition, de rédaction et de diffusion.
Un fanzine réussi ressemble rarement à un plan marketing. Il ressemble à un contenu qu'on a envie de partager, mis en forme avec les moyens du moment, et porté jusqu'à des lecteurs qui partagent la même passion. C'est précisément cette simplicité qui rend le format accessible à quiconque a une idée et un peu de temps, sans attendre un financement, un statut ou une équipe complète.
Pour aller plus loin
- Fanzine, Wikipédia
- Blue Blood (fanzine), Wikipédia
- Opium (fanzine), Wikipédia
- François Beaune, Ministère de la Culture
- Cómo crear tu primer fanzine, Sleepydays
- Fanzine: como fazer, Fanzineuffs
Pour la vue d'ensemble (métiers, étapes, financements), voir notre guide pour entreprendre dans la culture et les médias.





