Par Caroline Clermont

Merci à Audrey Jacquet et Emma Stokking (Sparknews) pour leur aide précieuse.

« Pour répondre à une attente des lecteurs dans un contexte d’infobésité et de perte de confiance, il y a une demande d’une approche journalistique un peu différente » affirme Audrey Jacquet, responsable des relations médias chez Sparknews. Avec la prolifération des fake news, la perte de crédibilité des journalistes, et les problèmes financiers des rédactions, la presse est mal en point. Comment alors résoudre ces différentes crises ?

Quelles solutions pour sortir des crises de l’information

Investiguer pour inspirer

Le baromètre de janvier 2019 réalisé par Kantar Public et Kantar Media pour La Croix, souligne la perte de confiance des Français dans les médias d’information. Radio, journaux, télévision, Internet : la perte de crédibilité est présente à tous les niveaux. En particulier, uniquement 44% des Français croient l’information délivrée par les journaux, soit une baisse de 8 points par rapport à l’an dernier. Internet serait le média le moins crédible : uniquement 25% des Français croient l’information qu’ils trouvent sur le réseau.

A cette crise de confiance, s’ajoute un climat pessimiste et anxiogène. La raison ? Le déferlement d’informations « chocs », et d’informations en continu qui mettent en avant les problèmes. Et rien pour les résoudre.

Le journalisme de solutions, aussi appelé journalisme d’impact ou constructif, cherche à redonner cette confiance. A redonner espoir aux lecteurs, et à éviter la faillite de certains journaux. C’est une approche journalistique qui va au-delà de la simple exposition du problème. Il s’agit de creuser, et de voir quelles réponses pourraient être apportée à des problèmes liés aux grands enjeux de notre époque tels que l’écologie, la santé ou encore l’humanitaire, entre autres. 

Reporters d’Espoirs, c’est le nom de la première initiative de ce type dans le monde. L’association naît en France en 2003. Son but ? La diffusion et médiatisation d’initiatives sociales. Gilles Vanderpootten, co-fondateur et dirigeant actuel de Reporters d’Espoirs est parti du constat que l’information est ressentie comme négative, et manque de sens pour les individus. Pourtant, il affirme lors d’un séminaire de la chaire Média et Digital de l’ESSEC, que l’influence énorme des médias leur confère un réel pouvoir. Et ce pouvoir peut être utilisé soit pour entretenir le catastrophisme, soit comme force d’inspiration en mettant en lumière des initiatives. L’association cherche donc à inciter les médias à devenir des démultiplicateurs de ces envies d’agir. Ils accompagnent les médias dans la mise en place d’une ligne éditoriale de solutions et d’inspirations. Le « Libé des solutions », en 2007, sera la première opération dédiée aux solutions et surtout, la meilleure vente de l’année du journal ! En plus de promouvoir l’optimisme, le journalisme de solutions est un moyen pour les rédactions d’avoir une plus grande audience, et donc d’augmenter leur chiffre d’affaire. Cela permet également d’attirer de nouveaux annonceurs qui cherchent à être associés à ce contenu positif. La transition vers le journalisme de solutions semble alors être un moyen pour la presse de sortir de la crise économique qu’elle connaît, liée notamment à l’arrivée du digital.

Un journalisme naïf ?

Le journalisme de solutions est par nature optimiste, puisqu’il met en avant des initiatives locales pour inspirer le monde. Par exemple, en Allemagne, l’association Discovering Hands a mis en place une méthode innovante de détection de tumeur du sein. En effet, un gynécologue a eu l’idée de faire appel à des femmes malvoyantes pour repérer les tumeurs grâce à leur toucher. Cette compétence est en effet plus développée chez une personne mal-voyante. Cette initiative a donc été reprise dans les journaux, et a été répliquée en Colombie. C’est une réponse à un enjeu mondial de santé, qui illustre l’idée d’initiatives inspirantes. Il n’est donc pas question d’un journalisme naïf ou de « bonnes nouvelles ». C’est un journalisme utile. Sa méthode est proche de celle du journalisme d’investigation : le problème est creusé, contextualisé, et une ou plusieurs solutions sont mises en avant. Bien sûr, il faut toujours un journalisme qui dénonce. Le journalisme de solutions n’a pas pour ambition de remplacer toutes les formes de journalisme, mais s’inscrit dans un rééquilibrage du secteur. 

La transition est enclenchée

Les médias sont convaincus

Christian de Boisredon – qui a également co-fondé Reporters d’Espoirs – fonde en 2012 Sparknews. L’entreprise rassemble l’information disponible sur les idées inspirantes, afin de fournir du contenu aux médias. Il facilite donc la transition des médias vers le journalisme de solutions. “Construire ce monde, c’est d’abord changer la façon dont on le raconte” pouvons-nous lire sur le site de Sparknews. Cette entreprise cherche à éveiller la conscience des médias, pour toucher la société. C’est pourquoi, Sparknews est à l’origine de différentes opérations médiatiques. D’abord, l’Impact Journalism Day : pendant une journée, plus de 55 médias leaders dans le monde tels que le Figaro en France ou encore El Pais en Espagne se réunissent chaque année en juin depuis 2012. Cette journée est devenue au fil des ans incontournable pour les médias d’informations, en particulier pour les journalistes qui cherchent à repenser leur métier et à penser leur sujet sous un angle positif. Depuis la COP21 en 2015, Sparknews a également créé Solutions & Co pour réfléchir aux solutions pour lutter contre le réchauffement climatique. Là encore, cet évènement réunit une vingtaine de journaux économiques tels que Les Echos, et bien d’autres à l’international.

Les médias d’information, en France comme à l’étranger, sont de plus en plus convaincus par le journalisme constructif. Les lignes éditoriales de divers journaux intègrent ces angles positifs. The Guardian a par exemple développé la rubrique Upside. Il cherche à dépasser la critique du monde, pour contribuer à son amélioration.

Des lecteurs réengagés, des rédactions satisfaites

Le journalisme de solutions séduit à la fois le lectorat et les rédactions. D’abord, les lecteurs retrouvent du sens et de l’espoir. Cette approche du journalisme est en effet une façon de réengager le lecteur pour le faire se projeter dans ce qui peut être fait. Les journalistes regagnent également la confiance des lecteurs, puisque le journalisme de solutions est gage de rigueur, de recherche et de mise en perspective.

Les rédactions peuvent donc se réjouir. Le fait de se positionner sur une ligne éditoriale positive et constructive peut augmenter le nombre de lecteurs – engagés et jeunes – et également permettre de trouver de nouveaux annonceurs puisque l’image du média évolue.

L’exemple de Nice Matin est révélateur de ce double avantage. Le journal était au bord de la faillite en 2014. Après avoir interrogé ses lecteurs, il s’est rendu compte qu’un journalisme de solution était plébiscité. Avec Reporters d’Espoirs, ils ont donc lancé un crowdfunding pour un service numérique participatif d’informations de proximité. Ce mode participatif a permis de les amener sur d’autres terrains, et leur a permis de rebondir pour choisir des sujets qui intéressaient vraiment les lecteurs. Ils ont donc développé un journalisme de solutions locales, pour répondre au mieux aux attentes. Les résultats ont été très satisfaisants, le taux de conversion sur le digital a été plus élevé pour les articles qui parlaient de solutions. Nice Matin n’a donc pas fait faillite, et ses lecteurs ont retrouvé du sens. Gagnant-gagnant.

La transition vers le journalisme de solutions semble ainsi indispensable pour réconcilier les journalistes et leurs lecteurs. Cette approche journalistique serait un moyen pertinent pour résoudre la crise de crédibilité des journalistes, mais aussi la crise économique de la presse. Ensemble, rédactions et lectorat retrouvent espoir, et peuvent désormais sourire à l’avenir.

 

SOURCES

https://fr.kantar.com/m%C3%A9dias/digital/2019/barometre-2019-de-la-confiance-des-francais-dans-les-media/ 

Intervention de Gilles Vanderpootten dans le cadre du séminaire de la chaire Média et Digital de l’ESSEC sur le thème de la diversification de la presse 

https://www.youtube.com/watch?v=Kr38RoZyc_Y

https://www.sparknews.com/a-propos/

http://www.lefigaro.fr/medias/2017/03/22/20004-20170322ARTFIG00014-le-journalisme-de-solutions-un-espoir-pour-une-presse-en-crise.php

Interview d’Audrey Jacquet, responsable des relations média chez Sparknews

http://www.solutionsandco.org/about-us/

https://www.theguardian.com/world/2018/feb/12/but-first-here-is-the-good-news-