La Chaire Media & Digital de l’ESSEC lance Tempo, un média sur les médias analysant, par le biais d’articles de fond et de courtes vidéos, les grands enjeux du secteur. Avec un rythme de deux éclairages par semaine, Tempo souhaite prendre un temps pour l’analyse, là où règne l’immédiateté. 

 

Tempo a de la chance, il intervient dans un contexte passionnant. Ne serait-ce qu’au mois de janvier 2018, pour le seul segment des médias d’information, on décompte au moins trois nouveaux venus : LoopsiderL’EBDOLe Média, et la liste est non exhaustive. Est-ce là une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

Prenons, pour répondre à cette question, un petit détour historique. A l’échelle des derniers siècles, on observe que création de médias et perfectionnement de la démocratie vont souvent de pair. Par exemple, la Révolution Française a permis la création de nombreux journaux libres (tels que Le Furet parisien ou La Sentinelle du peuple), et la grande loi de 1881, sous la Troisième République, est venue inaugurer un âge d’or de la presse. Notre tradition nationale, plutôt versée dans l’opinion que dans l’analyse factuelle, a alors inventé un espace public où les journalistes étaient comme chargés d’un mandat collectif, celui de relayer, pour tous, l’opinion publique.

Est-ce à dire pour autant que, à l’ère d’internet, la multiplication des médias serait toujours un indice de la vitalité démocratique ? Rien n’est moins sûr.

D’abord parce que les médias occupent aujourd’hui un espace bien plus vaste que par le passé (dans les secteurs de la musique, des vidéos, des jeux-vidéos, des réseaux sociaux etc.), et qu’il conviendrait de l’analyser dans son ensemble pour mesurer son impact réel sur la citoyenneté.

Ensuite parce que certaines dérives telles que l’excès de buzz ou le renouveau des fake-news sont venues nous rappeler que les formidables potentialités du web n’avaient malheureusement pas que des conséquences heureuses.

Enfin, surtout, parce que ce nouvel espace numérique, semble bâtir autant de murs qu’il a ouvert de brèches. Il est vrai que la vieille liberté de faire imprimer ses idées est devenue une liberté de fait et non plus seulement de droit. En témoigne l’apparition de la notion d’influenceur, qui a ouvert à tout un chacun la possibilité de devenir lui-même un média. Seulement, les masses d’internautes qui se regroupent derrière ces nouveaux acteurs s’organisent désormais en bulles étanches, parfois hostiles, le plus souvent indifférentes les unes aux autres.

C’est là tout le paradoxe. Quand le nombre des journaux augmentait de façon exponentielle à la Révolution, Le Cercle Social se félicitait de la naissance de l’espace public citoyen et de la disparition des salons du XVIIIe siècle. Aujourd’hui, on constate qu’internet a fait réapparaitre ces salons. L’espace public élitiste et commun a vécu. Voici venu l’espace public 2.0, populaire et segmenté.

Que penser dès lors de cette nouvelle ère digitale ? C’est précisément ce que Tempo cherche à comprendre. En mesurant le pouls de cette époque passionnante. En écoutant battre son cœur médiatique.

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