Par Iris Crespin

Malgré une profonde refonte de l’Académie suite à la très controversée édition 2020, les César n’ont encore une fois pas réussi à échapper au scandale. Si l’an dernier le cinéma français s’était déchiré entre deux égéries, Roman Polanski et Adèle Haenel sur fond de mouvement #Metoo, cette année la scission semble avoir eu lieu entre le public, complètement perdu par ce revirement à 360 degrés, et ses idoles.

Dès les premières minutes de cette 46ème édition, Marina Foïs donne le ton : c’est une crotte de chien à la main que la maîtresse de cérémonie se lance dans son discours d’introduction. La blague est douteuse, mais on pardonne facilement son humour décalé à l’actrice, qu’on aime pour cela. Malheureusement les invités semblent s’être passé le mot et s’enchaînent ainsi des heures (presque 4, un record) de blagues maladroites sur la situation sanitaire et le sort réservé à la culture. Sur le fond, il y a consensus aussi bien dans la salle que dans l’opinion publique, mais c’est la forme qui suscite l’indignation et la consternation. La mise à nu (littérale) de Corine Masiero pour protester contre « l’abandon » du gouvernement semble en décalage avec la solennité et la finesse attendues par le public lors de cérémonies aussi prestigieuses que celles des César. En souhaitant à tout prix prendre le contrepied des polémiques générées par la victoire de Polanski l’an dernier, qui avait été perçue comme celle de l’establishment blanc et masculin, l’Académie des César est tombée dans l’extrême inverse : le manque de bienséance. Exemple flagrant : Vincent Dedienne tentant d’expliquer la nullité de l’argument « séparer l’homme de l’artiste » autour duquel s’était catalysé tous les débats, en prenant cette fois-ci l’exemple de Hitler. On comprend le message mais cela ne rend pas cette tentative d’humour moins embarrassante (rappelons que la famille de Polanski a été déportée lors de la Seconde Guerre Mondiale).

Pourtant, le cinéma a toujours été politique. Cette 46ème édition n’est ni la première ni la dernière occasion pour les artistes présents de prendre position sur des sujets de société. On se rappelle par exemple le discours percutant d’Aïssa Maïga sur le manque de diversité dans le cinéma français, ou bien avant elle celui d’Isabelle Adjani défendant la liberté d’expression en citant Les versets sataniques. Pour autant, jamais ces digressions engagées n’avaient éclipsé à ce point les véritables stars de la soirée, les films. Le triomphe éclatant de Adieu les cons d’Albert Dupontel, lauréat de 7 césar, l’évincement du favori Les choses qu’on dit les choses qu’on fait d’Emmanuel Mouret ou encore l’émotion touchante de Laure Calamy au moment de sa victoire, n’ont pas fait le poids face aux controverses qui ont rythmé la soirée. Les audiences décevantes qui en résultent révèlent un constat simple : en ces temps déjà troublés, les César ont failli à nous faire rêver. Ne soyons cependant pas trop sévères : l’Académie a déjà prouvé l’année passée de par son renouvellement total sa volonté et sa capacité à reconnaître ses erreurs et à tenter de les corriger. Finalement, peut-être que tout ce dont a besoin la nouvelle administration pour prendre ses marques, c’est un peu d’indulgence.

 

Le 15 mars 2021, par Iris Crespin